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Sat, l'interview

A l'occasion de la sortie de son 2nd album, Second Souffle, Skyrock.fm a rencontré Sat l'Artificier. Il vient te parler de son opus avec passion et une vive envie d'enflammer la France avec ses morceaux. A lire d'urgence !!!



Skyrock.fm : Bonjour Sat. Comment cava ?

Sat : Salut ! Cava !


Skyrock.fm : Ton album, Second Souffle est dans les bacs. Dès le jour de la sortie tu étais à Marseille pour le présenter en live. Comme s’est passé cette journée ?

Sat : Etrangement, j’étais très serein et calme. J’attendais tellement cette date, que je pensais que j’allais très anxieux, mais j’ai dormi comme un bébé. Je me suis senti libéré d’un poids. Jusque là, cet album, il n’était qu’à moi et là, il est dans les mains du public. Maintenant, c’est à eux d’en prendre soin. Je me suis levé de bonheur humeur.


Skyrock.fm : Et le soir sur scène ?

Sat : Je suis allé faire une séance de dédicaces, histoire de rencontrer les 1er acheteurs. Les gens sont agréablement surpris par l’album. Ceux qui avaient aimé le 1er, aimé celui-là. Il y a un morceau qui revient à chaque fois, c’est le titre A Ma Mère. Ensuite, il y a eu le concert à l’Affranchi, c’était un bon moment, car dans la salle, j’ai vu tout le rap marseillais, des plus anciens au plus jeunes. J’suis fier d’avoir pu réunifier les 2 générations, parce que j’ai l’impression d’être moi-même à cheval entre les 2. Je fais partie d’une vieille génération, mais je reste toujours au contact des nouveaux venus. Oui, c’était plaisant et important de pouvoir présenter l’album chez moi, à Marseille, car c’est là que tout à commencer. Je voulais que tout reparte de là.


Skyrock.fm : Tu avais fait le choix de faire découvrir sur ton Skyrock Blog (http://satlartificier.skyrock.com), les 5 premiers titres de l’album. Etait-ce un choix délibéré pour qu’on entre directement dans ton univers ?

Sat : Je voulais arriver comme-ci je repartais de 0. Je voulais retravailler le terrain et sa base : la rue. J’ai dévoilé quelques cartes, c’est-à-dire le titre Sang d’Encre, assez dur et oppressant, pour montrer que j’étais dans une phase d’instabilité. J’étais tiraillé entre de bons et de mauvais sentiments. Je voulais donner la vision que j’avais de moi-même, du milieu rap, du monde, de l’évolution des mœurs et dire que tout ça, ce n’était guère rassurant. Pour Marseille City, j’suis un artiste marseillais, j’ai souvent parlé de Marseille dans mes chansons mais j’ai estimé que je devais franchir un cap et consacrer une chanson à ma ville. J’ai du citer Marseille des centaines de fois, il était temps de s’attaque au sujet, mais différemment. C’était aussi un leitmotiv que j’avais pour l’album. Etre capable de surprendre les gens, donc je parle de la French Connection, du milieu du grand banditisme, la dope, sans le glorifier pour autant. C’est une visite dans l’envers du décor, dans l’anti Plus Belle La Vie.


Skyrock.fm : C’est parce que tu es quelqu’un de sombre ou tu t’es vraiment posé la question d’attaquer ce morceau de cette façon ?

Sat : C’était hors de question pour moi d’écrire un morceau sur Marseille pour montrer le côté lisse. Ecrire sur le bonheur, ça ne m’inspire guère. J’pense être à l’image de ma ville, quelqu’un de calme, de posé, mais dès que tu creuses un peu, tu ne tombes pas sur des choses forcément agréable. C’est un titre que j’ai voulu léguer à ma ville. Je ne me base que sur des faits historiques. Je voulais aussi livrer d’autres pistes avec Un Autre Monde pour montrer que dans l’album, il y avait des titres plus profonds, où je révèle des choses que je ne me pensais pas capable de révéler. Il est honnête, il y a de l’émotion dedans. Je suis quelqu’un de très fataliste et pourtant, l’espace de quelques minutes, j’ai imaginé ce que devrait être un monde meilleur. Un monde que l’on a tous imaginé un jour ou l’autre, tout en sachant qu’il n’existera jamais. C’était pour montrer les différents styles et les concepts qu’on peut retrouver dans l’album. Il représente l’état d’esprit et le questionnement dans lequel j’étais à ce moment-là. Est-ce que je continue, est-ce que j’arrête ? Puis, à travers cet album, j’ai retrouvé une forme de plaisir, de passion que j’avais perdue au fil du temps.


Skyrock.fm : Et le fait que ce soit les 5  premiers titres, c’était un choix délibéré ?

Sat : Pour être honnête, quand j’ai décidé de dévoiler le titre Sang d’Encre, je n’avais pas imaginé le mettre en 1er. A l’époque, je n’avais pas l’intro d’opéra, cette ambiance de fin des temps qui crée un univers.


Skyrock.fm : On sent aussi un esprit de revanche sur ce morceau…

Sat : Exactement, je suis revanchard sur cet album. Je ne suis pas rancunier, car je pense que le public a été juste envers moi. J’ai pu être très bon et à des moments j’ai été mauvais. Avant tout, j’avais une revanche sur moi-même à prendre. Cet album, je l’ai envisagé comme le dernier et donc, je me suis dit, donne tout ! Prouve-toi à toi-même que tu es capable de faire ce que tu crois capable de faire. Parfois, les gens ont placé certains espoirs en moi et m’ont fait comprendre qu’ils étaient en droit d’attendre beaucoup plus. Moi-même j’attendais beaucoup plus. Dans le titre Sang d’Encre je dis : « Vous avez tous trop vite enterré Sat ». A un moment, je me suis  peut-être trop vite enterré. Sur cet album, je me suis laissé le droit à aucune erreurs.


Skyrock.fm : Il y a deux morceaux nostalgiques très différents, Au Bon Vieux Temps et Que Sont-Ils Devenus ?, était-ce important pour toi de montrer ce contraste ?

Sat : Le simple fait d’écouter la musique d’Au Bon Vieux Temps, ça me rendait souriant et ça m’a donné envie de regarder des vieilles photos. J’ai ressorti les photos de mon enfance, la famille, mon enfance les ambiances en famille ou avec les potes et ça m’a donné tellement de baume au cœur, que j’ai décidé d’y consacrer une chanson. C’est la 1ère fois que j’arrivais à faire une chanson joyeuse qui me ressemble, que je ne trouve pas naze. Peu de temps après, j’ai reçu la musique qui a donné Que Sont-Ils Devenus ?. En écoutant cette musique froide et mélancolique, ça m’a rappelé de mauvais souvenirs. J’avais encore au bon vieux temps et j’ai vraiment senti le contraste. Je me suis posé la question, ces gens à qui je rends honneur, que sont-il devenus ? Quand j’ai écrit le 1er couplet, c’était l’horreur. Quand tu repenses à pleins de gens et que tu mets tout bout à bout, tu réalises que certains sont décédés, d’autres sont devenus fou ou sont toxicomanes. Mais, dans mon souci d’honnêteté, je voulais aussi rendre hommage à ceux qui s’en sont sortis. En 2 chansons, je pense qu’on a une vision très globale des 30 années que j’ai passé sur terre avec d’un côté les joies, de l’autre, les blessures.


Skyrock.fm : Tu as écrit ces 2 titres au feeling, as-tu procédé de la même manière pour le reste de l’album ?

Sat : Pour ces deux titres là, ça s’est fait au feeling, mais d’autres fois, c’est un fait d’actualité qui a pu déclencher un morceau. Par exemple, Le Show Continue qui reprend un sample de Queen, The Show Must Go On.  Je regardais l’actualité et je me suis dit qu’il y a des choses de fou qui se sont passés ces dernières années. Je débute de là où je mettais arrivé en 2002 avec mon 1er album solo et je prends le relais avec la guerre en Irak, la Tchétchénie, etc… Je fais allusions à tous ces faits qui sont en train de façonner le monde d’aujourd’hui. Autrement, c’est vrai que c’est souvent la musique qui déclenche la chanson, car j’essaye de respecter l’émotion qui en découle, de trouver le thème juste. Pour l’Abécédaire, c’était totalement l’inverse, j’avais cette idée depuis longtemps de m’amuser avec les lettres de l’alphabet.


Skyrock.fm : D’ailleurs, c’est un morceau qui tranche avec le reste. Rapper pour le plaisir de le faire…

Sat : Complètement. La performance pour la performance. Souvent, on m’a considéré à juste titre, comme un rappeur à textes, sombre, sérieux et conscients. C’est un compliment quand on me dit ça, mais je pense qu’on occulte une de mes facettes. Sur cet album, j’ai vraiment essayé de m’améliorer au niveau de la forme. Je voulais aussi montrer qu’au micro, je pouvais cogner dur. Cet exercice là était parfait pour montrer aux gens ce que j’étais capable de faire au micro. Pour une fois, je voulais sortir de ce personnage qui met sa vie en avant comme inspiration. Je voulais divertir l’auditeur du début à la fin, car c’est aussi ce qu’on aime.


Skyrock.fm : Dans la même optique, il y a aussi le morceau Dans Le Game, qui suit l’Abécédaire. Tes titres s’enchainent par thème sur l’album, était-ce important pour toi de faire le tracklist de cette manière ?

Sat : Tout à fait. J’ai longtemps réfléchi à l’ordre des morceaux parce que j’estime que ça a une grande importance. Selon la manière dont tu vas agencer tes titres, les gens ne vont pas percevoir l’album de la même façon. C’est pourquoi je voulais planter le décor avec Sang d’Encre, puis petit à petit rentrer dans mon univers. Je m’étais juré qu’il n’y aurait pas de morceaux un peu club. A l’arrivée, ce n’est pas ma faute, c’est celle de Sayd Des Mureaux (sourire). Sur mon 1er album, je les avais ratés, je n’en étais pas fier. Mais vu que j’étais dans une logique positive, j’ai pris le son et j’ai commencé à écrire dessus. J’ai appelé un pote et je lui ai rappé les 1ères mesures. Il criait : « t’es un enfoiré, ça tue ! ». Donc, j’ai continué le titre dans cette logique là, tout en me disant qu’il n’y en aurait pas 2, car ça aurait déséquilibré l’album. C’est bien, car j’installe une tension et ces titres-là qui arrivent au milieu de l’album, permettent de respirer avant de repartir pour un final encore plus sombre.


Skyrock.fm : Ce qui ressort de l’album, c’est que tu parles beaucoup de ta génération. Tu termines avec un constat de trentenaire avec A Force de Vivre. Quand tu as écrit cet album, est-ce le recul qui t’as inspiré ?

Sat : Ouais. J’ai appuyé sur pause, remis ma vie au début et j’ai tout repassé. On me demande souvent quel est mon titre préféré et je réponds que s’il devait en rester un, ce serait A Force de Vivre. C’est tout mon vécu, toute mon expérience. C’est juste un type qui fait profiter de sa vie, des enseignements qu’il a pu tirer. Après, c’est à l’auditeur de faire ce qu’il en veut. Souvent, on me demande où est l’espoir et peut-être qu’indirectement il est dans ce titre. Je crois que la phrase « A force de vivre, on se fait à tout » résume tout. Je voulais faire un album qui puisse parler à tout le monde. Des thèmes universels à travers ma vision et ma propre histoire. Je savais que c’était un risque de faire un album comme ça. C’est pour ne pas être influencé que je me suis enfermé. On veut nous faire croire que le rap est réservé aux 8-11 ans. Mais j’ai espoir en 2008, j’attends certains artistes et j’espère qu’ils ne vont pas tourner leurs vestes et s’adresser aux placentas.


Skyrock.fm : Et la scène ?

Sat : J’espère pouvoir faire le maximum de scènes. On le sait, les scènes, ça dépend des ventes de disque. Faut savoir comment ça se passe. Un promoteur local va demander au vendeur du rayon rap qui se vend le plus et va le contacter pour monter une scène. A part quelqu’un qui a un coup de cœur artistique, c’est très difficile. Donc, si quelqu’un veut me voir sur scène, il faut qui commence par se procurer mon album. J’ai vraiment envie de défendre cet album là, de voir mon public.


Skyrock.fm : Merci !

Sat : Merci à vous.